Yvan Tongo

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Les Français vont manger quoi ?

Publié le 19 decembre 2025

Les Français vont manger quoi ?

La question paraît banale. Presque ridicule. Et pourtant, avec tout ce qui se passe en ce moment, c’est probablement la question la plus sérieuse qu’on devrait tous se poser.

J’écris pour ceux de mes amis qui ne comprennent pas vraiment ce qui se joue avec les agriculteurs aujourd’hui. Moi, je leur dis une chose simple : Ces agriculteurs dans la rue se battent pour ce que vous allez manger demain.

Ils ne demandent ni pitié, ni compassion. Ils demandent juste de l’équité.

Et voici pourquoi.


1. L’accord entre l’Union européenne et le Mercosur

Le Mercosur est une alliance économique et politique entre plusieurs pays d’Amérique du Sud : le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay. L’objectif de l’accord avec l’Union européenne est de faciliter les échanges commerciaux entre ces deux blocs.

Sur le plan géopolitique, la France et l’Union européenne perdent progressivement certains alliés stratégiques. Pour y faire face, elles cherchent de nouveaux partenaires. Le Mercosur a été choisi. Très vite, les décideurs se sont concentrés sur ce qu’ils pensent y gagner : vendre de la technologie, de l’automobile, des services industriels, etc.

Contrairement à ce que certains imaginent, je pense qu’ils savent aussi très bien ce qu’ils perdent. Car cet accord ouvre la porte à une arrivée massive de produits agricoles et agroalimentaires sud-américains sur le marché européen.

Des produits qui viendront concurrencer cruellement ceux de nos agriculteurs, déjà fragilisés économiquement.

Entre des coûts de production élevés liés aux nombreuses normes et contraintes imposées par les gouvernements et la baisse progressive des aides, beaucoup peinent déjà à joindre les deux bouts.

On est donc en droit de se demander jusqu’où ira le mépris collectif envers ceux qui se battent jour et nuit pour ce que nous mangerons demain.

Oui, je pense que le secteur agricole a été sacrifié.


2. La question de la retraite et du renouvellement

Peut-être que beaucoup l’ignorent, mais je le répète chaque fois que l’occasion se présente : 50 % des agriculteurs français partiront à la retraite d’ici cinq ans.

Et ce chiffre, à lui seul, devrait nous alarmer.

Mais ce n’est pas tout. Les 50 % restants continueront d’alimenter une statistique glaçante : un agriculteur se suicide tous les deux jours en France.

L’avenir de nos assiettes est donc bien plus grave qu’on ne veut l’admettre. Certains partiront à la retraite, d’autres se donneront la mort. Et ensuite, on demandera aux jeunes de s’engager pour assurer la relève.

Mais de quelle relève parle-t-on ?

Du prochain suicide ?

Du prochain gréviste ?

Du prochain agriculteur surendetté ?

À ce rythme, voilà malheureusement ce que le secteur agricole propose aujourd’hui à la jeunesse.


3. L’incohérence entre les discours et les actes

Il y a une incohérence flagrante entre ce que l’on dit et ce que l’on fait. Je pense ici à la loi EGAlim, mais aussi à toute la communication autour de la transition écologique.

Je ne suis pas un ennemi de l’écologie. Mais je reste convaincu que ce sont les fermiers qui en paient le prix fort.

On se presse d’interdire certains pesticides et sur le fond, le débat est légitime, mais on ne voit aucun problème à importer massivement des produits agricoles du Brésil ou d’ailleurs.

Qui parmi nous va vérifier sur place si ces produits respectent les mêmes normes environnementales, sanitaires et sociales que celles imposées à nos agriculteurs ?

Pour ce qui est de la loi EGAlim, elle ressemble à une anesthésie avant opération : on vous endort, et au réveil, les médecins (décideurs et grandes industries) sont devant vous en vous disant que tout s’est bien passé.


En conclusion

Oui, ceux qui nous nourrissent ont le droit de se fâcher. Oui, ceux qui nous dirigent ont l’obligation de répondre à leurs revendications.

Mais nous, consommateurs, devons nous poser une question essentielle : après tout ça, qu’allons-nous manger ?

  • Des produits moins chers, sans traçabilité, sans contrôle réel ?
  • Des produits très chers, au nom du soutien absolu au local ?
  • Ou des produits de qualité, suivis par nos producteurs, à des prix justes et accessibles ?

Quand nous aurons répondu collectivement à cette question, nos décideurs sauront quoi faire.

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